L’Hôtel Effata à Notsé est peu fréquenté, souvent nous sommes les seuls clients et cela nous va bien. Dans les débuts, les coupures de courant étaient quotidiennes par manque de centrales. Un groupe poussif y remédiait tant que mal.

Chaussure : Ma première nuit à l’hôtel Effata est marquée par cette exclamation. Mes chaussures sont mouillées. Pour les sécher, je les pose sur l’étroite latte qui surplombe le lit de tout son long, la latte où l’on étend la moustiquaire, quand il y en a une.

Le climatiseur hors d’âge génère des vibrations épouvantables. Aussi au milieu de la nuit, je sens un grand choc sur la figure. Le cauchemar. « Coupe c… » me revient, ça y est, j’y passe ! ». Le temps de trouver la lampe de poche (l’interrupteur est au l’autre bout de la pièce), et je retrouve la chaussure sur le coussin !

Climatiseur : Les climatiseurs de l’hôtel Effata ont connu des temps meilleurs. Il y avait un trou dans le mur et il était posé dedans. Une autre nuit, un épouvantable raffut secoue ma chambre. J’allume. Le climatiseur tressaute sur le sol de la chambre. Il est tombé de son trou. Encore climatiseur : Le climatiseur est placé juste en face du lit et l’air « un peu » froid, mais surtout le courant d’air balaye le lit désagréablement. J’insère un bout de carton devant le ventilateur. Mais l’effet est pervers : l’air refroidi est aussitôt repris par l’aspiration. D’où une congélation de l’intérieur du climatiseur qui fait de plus en plus de raffut. Mais j’ai décidé de ne pas l’entendre. N’y pouvant plus, j’allume vers le milieu de la nuit : il est complètement pris dans un bloc de glace ! J’arrête la machine. Elle dégèle, et peu à peu les blocs de glace qui s’en détachent tombent sur les tôles de l’auvent à vélo en dessous. Le matin, mon voisin de chambre, me demande si j’ai aussi entendu ce bruit de tracteur toute le nuit et au matin le bruit des pierres roulant sur des tôles ?

La chambre : Le carrelage dans la pièce WC douche est en pente, mais dans le mauvais sens. Après chaque douche, le wc est inaccessible car les pieds dans 3 ou 4 cm d’eau. J’ai demandé au maçon de m’édifier un « barrage » entre douche et WC. Les nuits suivantes j’ai pu faire pipi les pieds au sec… Plusieurs fois je me suis douché en position couchée. Dès que je soulève la douchette au-delà de 50 cm du sol, l’eau s’arrête de couler… Plus de pression.

Une autre fois ma chambre sent vraiment très mauvais. Je suis du bout du nez l’odeur qui remonte du siphon de la douche : « on l’a scié pour que l’eau s’écoule plus vite ! » me dit le gérant. Un bout de scotch arrange l’affaire.

Natation en chambre : Une année, un terrible orage s’accompagne de trombes d’eau. Jean-Marie couche dans la partie neuve de l’hôtel. Il dort. Le couloir de l’annexe est prolongé d’une terrasse. Mais voilà, encore un problème de carrelage : toute l’eau s’écoule vers le couloir et s’engouffre sous la porte de Jean-Marie dont les bagages baignent. Et dans l’hôtel, la gérante dort sur son siège. Mais pas longtemps.

Le lit : Lors d’un autre voyage, je m’assieds sur mon lit et le sommier s’effondre ! Je soulève le matelas. Le sommier, c’est en fait trois palettes. Je dors comme je peux, la tête à l’horizontale, les pieds penchés à 45 degrés. Le matin, j’appelle le gérant : « Monsieur Gérard, qu’est ce que tu as fait ? » Il appelle le menuisier qui vient avec pour seuls outils un marteau, des clous de 100 mm et deux lattes. Je l’aide à fixer les lattes sur les montants, les clous dépassent évidemment de 5 centimètres. Le gérant vient voir : « Monsieur Gérard, il ne faudra pas que la cuisinière se cache sous le lit cette nuit si quelqu’un rentre dans ta chambre… » Toujours le même humour, alors que la cuisinière était un bon gros cuisinier. Impossible de leur en vouloir. Le rire doit être leur médicament contre le désespoir.

La cuisine : Un jour de grand dérangement intestinal, je demande une purée : « nature, sans herbes ni épices » ai-je précisé. Quand elle m’arrive, elle est gris foncé : farcie de poivre, immangeable ! Là je dois avouer que je me suis fâché.

La cour : Pas de lumière dans la cour de l’hôtel, mais des trous dans le béton du sol. Je pars pour me coucher, je bute dans un trou et je me retrouve à courir de plus en plus vite, sans possibilité de m’arrêter avant le mur . Je choisis de me fracasser dans une table de jardin et sur une chaise plastique, tous deux réduits en miettes. Je m’en tire avec une côte froissée. Heureusement que le plastique togolais n’est pas costaud.

Gérard Mura – Husseren-Wesserling